Contribution de Bulles de Vie relative à l’aménagement de l’îlot Michelet

« Un éco-quartier qui valorise les jardins, qui favorise le lien et la mixité »

Suite à nos différents échanges et aux présentations publiques du projet d’aménagement de l’îlot Michelet, nous avons souhaité faire part de nos réflexions et propositions avant que le cahier des charges ne soit rédigé.

Les jardins : écologie, paysage, bien-être, lien social

La préservation de la nature en ville constitue un enjeu majeur pour l’avenir et il nous semble que le projet doit porter une véritable ambition dans ce domaine, en garantissant un réel équilibre entre le bâti et les jardins de pleine terre.

Les jardins en ville sont essentiels à plus d’un titre.
– Ils contribuent fortement au lien social, dès lors qu’ils sont ouverts à tous et partagés.
– D’un point de vue écologique, leur rôle capital n’est plus à démontrer : préservation de la biodiversité de la flore et de la faune ; piègeage du gaz carbonique, absorption de polluants atmosphériques, régulation climatique, limitation des « îlots de chaleur » en ville et contribution à la lutte contre le réchauffement climatique.
– D’un point de vue paysager, les jardins contribuent à la beauté de la ville et au bien-être de tous. Ils constituent un patrimoine culturel important en résonnance avec l’histoire du lieu.

Les sols et tout particulièrement les sols urbains s’artificialisent de plus en plus, et c’est une perte considérable. Ceux-ci constituent en effet une ressource naturelle non renouvelable, riche de la vie qu’ils hébergent. C’est de notre responsabilité collective de les préserver car le processus d’artificialisation est le plus souvent irréversible.

De ce fait, nous attirons votre attention sur la différence fondamentale entre les jardins sur dalle et les jardins de pleine terre.
Les jardins de pleine-terre permettent les échanges avec le sol et le sous-sol. Les échanges gazeux permettent une meilleure qualité de l’air et régulent la température en hiver comme en été. La microflore et la microfaune peuvent y séjourner durablement.
Les jardins sur dalle ne permettent pas la circulation de l’air entre le sol et l’atmosphère et perturbent le cycle de l’eau. Ils imposent des coûts d’investissements importants (par les dispositifs de structures porteuses, de protection de l’étanchéité, de drainage et d’arrosage) pour une possibilité de culture limitée (gamme de plantes réduite, contrainte d’ancrage, fragilité liée à la prise au vent, à la sècheresse, aux grands froids, arrosage nécessairement beaucoup plus fréquents…). Ils limitent la plantation d’arbres de première et deuxième grandeur qui nécessitent une épaisseur de sol d’au moins 1 m.
Or ce sont ces arbres qui contribuent le plus à la régulation climatique, au piégeage du gaz carbonique. Ils abritent les oiseaux, procurent une ombre salutaire aux passants, humidifient et rafraichissent l’air en été. Les arbres sont nos meilleurs alliés pour une ville « durable », belle, agréable.

Il faudrait sur l’îlot renforcer les surfaces de jardins de pleine terre qu’ils soient privatifs ou publics. Quelle sera l’emprise au sol du parking ? Qu’a-t-on prévu pour les stationnements des logements individuels et participatifs ?
Nous suggérons de la réduire au maximum en réalisant le parking sur un seul site (une seule entrée – une seule sortie) sur deux étages si besoin, en le réservant aux habitants de l’îlot ainsi qu’aux personnes des groupes scolaires de proximité, si besoin. Cela implique de bien établir préalablement les besoins réels en stationnement du collège et du groupe scolaire Michelet.

Nous avons compris que la façade sud de l’école d’Art s’ouvre sur un espace sur dalle. Il serait opportun de bien préciser le programme d’aménagement de cet espace pour éviter qu’il ne soit banalisé par un aménagement « décorum ».
Par exemple, il pourrait être :
– une extension du jardin partagé. Dans ce cas, quel serait son statut et comment gérer les responsabilités quant aux usages et contraintes sur dalles (protection de l’étanchéité, poids, jardinage, arrosage, clôtures, supports de plantation…).
– un jardin d’art, aux aménagements saisonniers pouvant mettre en avant les créations artistiques avec quelques lieux de convivialité de type patios – une sorte d’écrin offert à la création…
– les deux, ce qui correspondrait vraiment à la philosophie que nous nous faisons de ce projet !
Dans tous les cas, il doit être ouvert, transparent, esthétique, participer à la qualité architecturale de la façade et ne pas être marqué par le vocabulaire technique et normatif de la dalle (éviter les effets jardinières).

Les matériaux de sol pour les circulations internes à l’îlot doivent aussi permettre les échanges entre le sol et l’extérieur et rester dans le vocabulaire du jardin et non celui trop fonctionnel et stérilisant des VRD (Voiries et Réseaux Divers) : il est parfaitement envisageable de faire le choix de sols perméables tels que le stabilisé, des dalles gazons, des pavés en pierre de récupération.

Les toitures végétalisées sont d’un intérêt certain : nous proposons de les généraliser autant que possible sur les bâtiments collectifs et individuels, en privilégiant les aménagements de jardins sur les toits, ou de potagers, de telle sorte qu’ils puissent être aussi un lieu de vie collective.

Concernant le jardin partagé prévu en bordure de la rue Michelet, nous pensons que le terrain doit garder un statut public, parce que c’est la meilleure garantie de sa durabilité dans le temps et de son ouverture à tous.
L’espace qui lui est réservé ne nous semble pas à la hauteur ni des enjeux de la nature en ville, ni des attentes fréquemment exprimées lors des réunions publiques. Il doit être considéré comme une zone privilégiée de détente, de rencontre, et un véritable poumon vert pour le quartier et pour la ville.
Nous suggérons qu’il soit conçu en deux parties : sur l’avant, une forme de square, avec des des arbres, arbustes et plantes, des bancs et des tables de bois, et la possibilité pour la Scop Bulles de Vie d’accueillir certains jours les producteurs partenaires ; et sur l’arrière, le jardin proprement dit, à cultiver en pleine terre.
Cet espace devra ainsi être suffisamment grand pour qu’il puisse accueillir les habitants de l’îlot et de tout le quartier de la crête. Nous avons bien noté qu’un effort a déjà été réalisé en termes de surface, mais celle-ci reste nettement insuffisante si l’on veut que ce jardin puisse pleinement jouer ses multiples rôles.

Il avait été évoqué lors d’une réunion publique, une démarche de préservation des arbres remarquables de la ville. L’îlot héberge un magnifique Olivier de Bohème, Elaeagnus angustifolia, qu’on appelle aussi « arbre du paradis ». C’est, certes, une essence commune, mais dans le cas présent, sa taille est remarquable et son état sanitaire est très bon. Ne pourrait-on alors envisager de le maintenir sur l’îlot, comme témoin de son histoire ?
D’autres arbres sont présents dans la friche : il serait souhaitable de faire un inventaire préalable avant le lancement des études de projets pour prendre en compte tout ce patrimoine.

Vivre ensemble

Voici la vision que nous avons de ce nouveau micro-quartier en plein centre de Fontenay : un lieu qui favorise le lien, l’échange, la rencontre et la mixité. Fontenay « une ville à vivre ensemble ».

Le projet prévoit d’ores et déjà une mixité des types d’habitations (accès à la propriété, logements participatifs en accession à la propriété, location, logements sociaux, maisons individuelles ou appartements), des types d’activités (services municipaux, habitations, un local commercial), des types d’espaces (bâtis ou jardins).
Mais l’on ne pourrait se satisfaire de plusieurs zones juxtaposées au risque de maintenir le cloisonnement des habitants.

Nous suggérons de mêler autant que possible, maisons individuelles et petits immeubles, qu’il s’agisse d’achat ou de location, qu’ils soient logements sociaux ou pas, habitat participatif ou pas. Cette diversité contribuera à une meilleure intégration de tous.

C’est aussi la facilité de rencontre qu’il faut rechercher, et pour cela nous suggérons de créer un cheminement piéton reliant la rue Paul Bert à la rue Lesage et la rue Michelet (liaison douce « nord-sud » croisant la liaison « est-ouest » déjà inscrite dans l’esquisse de programmation), permettant ainsi de traverser l’îlot et de gagner aisément le jardin, la boutique, les services municipaux (voir document joint en annexe).
L’ouverture sur les rues avoisinantes doit être privilégiée, de sorte telle que tout Fontenaysien ait plaisir à traverser ce quartier. Celui-ci ne doit pas être un lieu clos, refermé sur-lui même mais au contraire ouvert sur la ville, en continuité.

Nous suggérons aussi de limiter autant que possible les fermetures, barrières… Si cela s’avérait nécessaire en certains endroits, il serait préférable de privilégier les clôtures légères, de bois, qui permettent de faire grimper les plantes.

Les enjeux de cette opération sur la qualité des espaces et équipements publics environnants

L’ouverture, la transparence pourraient également être favorisées par des constructions « en peigne », et non en blocs denses et compacts, qui permettraient le passage de la lumière, du soleil, et ménageraient des circulations piétonnes entre les différents bâtiments, d’une rue à l’autre par l’intérieur de l’îlot et non pas en le contournant (voir document joint en annexe).

Sur ce point, la rue desservant le collège nécessite de par son orientation est-ouest, une attention toute particulière, pour la qualité de sa future rive-sud qui imposera des ombres portées à l’espace public, voire aux franges sud du collège. Le risque est de se retrouver avec un trottoir minéral plein nord bordé d’une haute façade peu animée, comme on trouve dans certaines opérations récentes à Fontenay tel que le dispositif actuel situé plus à l’est dans la même rue.

Il nous semble aussi important que la Ville engage un programme d’embellissement de la façade et de l’esplanade de l’école Michelet ainsi que la placette devant le collège : ce sont deux espaces publics de fréquentation majeure et qui méritent pleinement un cadre paysager mettant en valeur la qualité architecturale spécifique de l’école. Un concours ouvert aux jeunes paysagistes-concepteurs permettrait d’amener des idées nouvelles et de compléter la dimension expérimentale des actions publiques menées dans le quartier.
Gestion de l’eau, de l’énergie et des déchets : une démarche écologique affirmée à introduire dès la conception et dans la gestion à venir

La gestion de l’eau : prévoir la récupération de l’eau de pluie pour les usages ne nécessitant pas d’eau potable, comme par exemple l’arrosage des jardins.

Il est primordial de limiter les zones d’imperméabilisation du sol, le travail naturel du chemin de l’eau évite bien des déconvenues. Il nous semble essentiel que le projet intègre cet objectif dès la conception avec des dispositifs de stockage tant pour le jardin partagé, les parties communes et les jardins individuels. Il s’agit de composer l’espace extérieur avec cette contrainte qui se transforme en atouts pour enrichir le paysage urbain.

Déchets : Organiser un compost collectif qui pourra être réutilisé dans les jardins.

Circulation douce : privilégier sur l’îlot la circulation piétonne ou vélo, et prévoir en nombre des parkings à vélos. Ne pas ouvrir les allées de traverse à la circulation automobile en limitant l’accès des véhicules à l’entretien et aux secours.

Energie : utiliser des matériaux et équipements favorisant la sobriété énergétique.

La question du coût des aménagements écologiques a été à plusieurs reprises évoquée comme un frein. Nous voudrions attirer votre attention sur deux points.

A l’achat, le prix peut éventuellement être plus élevé, mais calculs à l’appui, il est aisé de montrer que l’on est gagnant sur le long terme, les particuliers comme la collectivité, et doublement, du point de vue financier comme du point de vue environnemental. C’est notre responsabilité collective de préserver l’avenir, les générations futures, et les instances publiques doivent être proactives et sensibiliser à la question du court et long terme : nous ne construisons pas la ville pour aujourd’hui, mais pour demain.

Par ailleurs, nous voulons aussi insister sur le fait qu’écologie n’est pas obligatoirement synonyme de prix élevés. Nous avons plusieurs exemples d’habitats collectifs d’intérêt écologique, dont les coûts de construction sont restés tout à fait abordables (voir documents joints).
L’expérience depuis plus de 30 ans montre que les options écologiques menées par certaines équipes architectes-paysagistes et architectes ont permis de grandes économies en investissements comme en maintenance ! Il est donc nécessaire que la question de l’optimisation du projet sur ces options écologiques intègre les questions de coûts à court et à long terme.

Ce projet, que nous voudrions audacieux et ambitieux, doit conjuguer politique sociale et environnementale.

Bulles de Vie, la Scop, un local associatif partagé ou une Maison de l’environnement

Pour le commerce de Bulles de Vie créée en SCOP, nos besoins s’élèvent au minimum à 100 m2 de boutique et 40 m2 de réserve. Pour que les producteurs puissent venir vendre leurs produits, un dégagement de l’ordre de 150 m2 est nécessaire qui peut tout à fait être intégrer au jardin, sous la forme d’un square aux multiples usages, dont celui de l’accueil des producteurs aux périodes de vente, de rencontres entre les habitants pour des pique-niques ou réunions de quartier.
Il faudrait que la boutique soit traversante et ouvre non seulement sur la rue Michelet ou la rue Lesage mais aussi sur le jardin (façade ouest).

Nous avons à plusieurs reprises évoqué le local associatif, que nous concevons comme partagé avec d’autres structures accueillies sur l’îlot, l’école d’art ou la SMJ par exemple.
Une autre option, qui aurait tout son sens, serait la construction d’une « Maison de l’environnement de Fontenay » qui pourrait être gérée par le collectif « Les Belles de Fontenay ». Elle serait la continuité de ce projet innovant, elle permettrait de développer des liens avec les établissements scolaires de proximité, autour de thèmes liés à la ville durable, l’agriculture, l’alimentation, la cuisine…, toujours en lien avec l’école d’art notamment, tant les actions conjointes « art et écologie » sont possibles.

Pour garantir la cohérence d’ensemble

La réussite sur le plan écologique et sur le plan budgétaire dépend de la cohérence du programme, et donc de l’expérience et du niveau d’engagement écocitoyen de l’équipe de conception qui sera retenue.

L’implication et le choix d’une équipe aguerrie à la démarche participative – même si l’habitat participatif au sens strict ne concerne qu’une petite partie des logements -, et à la conception d’éco-quartier, nous semblent essentiels pour garantir la cohérence d’ensemble du projet, de même que les échanges permanents entre les différentes équipes concernées.

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