Nouvelles de la Ferme de la Bilouterie – fin février 2016

1) Bilan 2015 :

Malgré une année climatique particulière ( mais on commence à y être habitué), la récolte des céréales et oléoprotéagineux a été suffisamment abondante et de qualité. Les cultures de printemps ont un peu plus souffert ( maïs principalement), mais les récoltes se sont faites dans d’excellentes conditions, et les stocks de céréales seront très largement suffisants pour attendre la récolte 2016.  Les semis de céréales à l’automne se sont parfaitement bien déroulés, et le « manque d’hiver » ne semble pas trop perturbé la récolte à venir. A suivre…
Concernant les volailles, l’année 2015 s’est dans l’ensemble bien déroulée : pas de problème sanitaire majeure, quelques soucis de prédations, mais nous avons pu assurer sans problème toutes les ventes de volaille et la préparation des volailles festives s’est faite dans de très bonnes conditions ( c’est vraiment bien d’avoir son propre abattoir).

2) Nos problèmes de coccidiose :

J’en ai parlé avec certains d’entre vous dernièrement. Nous rencontrons depuis Octobre 2015 une recrudescence de coccidiose sur l’élevage. La coccidie est un parasite intestinale qui limite la croissance des poulets, les fragilise et les rend plus sensible à d’autres germes, et peut dans des cas extrêmes ( arrivée précoce sur des poussins) entraîner de la mortalité. Nous avons eu deux mises en place de poussins qui se sont mal passées (octobre/novembre), avec de la mortalité et des poussins avec des croissance très hétérogènes. L’équilibre habituel a donc semble-t-il été rompu, et j’ai mis beaucoup de temps à comprendre pourquoi. Afin de protéger les poussins, nous utilisons des flores de barrières (coccidies vaccinales non pathogènes) afin de coloniser l’intestin des volailles et limiter « la place disponible » aux coccidies sauvages qui elles, sont pathogènes. Cela semblait jusqu’alors parfaitement fonctionné, mais malgré cela, nous avons eu depuis octobre de plus en plus de cas de coccidiose. Nous avons alors mis en place un  traitement préventif avec des huiles essentielles dans l’eau de boisson. La protection était alors optimale les premiers jours, mais vers 3/4 semaines la coccidiose refaisait systématiquement son apparition. Il semblerait que l’utilisation des huiles essentielles  à un âge précoce freine l’installation des coccidies vaccinales et laisse un « terrain » propice à l’explosion de coccidies sauvages vers 3/4 semaines si elles sont présentes. Bref, nous n’avons pas encore trouvé la solution parfaite. Afin de ne pas m’éparpiller dans des explication incomplètes ou incompréhensibles :  nous cherchons à mettre en place des mesures de prophylaxie renforcées (changement tenue en poussinière, allongement des vides sanitaires, désinfection des bâtiments à la vapeur…) et il est vrai que venir à bout d’un parasite n’est jamais simple (surtout avec des parcours extérieurs qui par nature ne sont « nettoyables »). La conséquence directe commence à se faire sentir, les poulets représentant la grande majorité de notre production : nous allons manquer de volailles pour les mois à venir. Aussi, nous ne ferons d’abattage les semaines 8 et 10, et cela risque de se renouveler une ou deux fois un peu plus tard. Les ventes des semaines à venir, lorsqu’elles auront lieu se feront avec beaucoup moins de poulet, et plus de pintades, canettes et poules. Un élément extérieur à la ferme a également amplifié ce manque : le couvoir ne nous a pas livré le nombre de poussins sur deux livraisons, et nous a livré la semaine du 11 Novembre des poussins qui se sont « baladés » 3 jours avant d’arriver chez nous (une catastrophe, vous vous en doutez). Je souhaiterais également afin d’anticiper une année difficile augmenter le prix du poulet de 0.20 ct/kg, et cela dès la prochaine vente. Le prix des autres volailles ne changerait pas.

3) Grippe aviaire
L’état a publié le 10 février 2016 un arrêté national concernant le renforcement des mesures de biosécurité sur tout le territoire, suite à l’épisode de grippe aviaire dans le sud ouest. Nous l’attendions avec impatience car les échos qui arrivaient dans nos campagnes nous laissaient craindre le pire : cette fois, c’est une réalité, et je me permets de vous apporter ma propre lecture du texte (que vous pouvez trouver et lire sur internet pour les plus courageux) :
– le principe d’élevage en bande unique est retenu : sur un même site d’élevage, tous les animaux doivent avoir le même âge. Il serait donc interdit à tout éleveur de démarrer sur son élevage plusieurs bandes de volailles, à dates décalées afin de pouvoir transformer et vendre toutes les semaines sa production. Si le texte est appliqué  (01/07/2016) sans dérogation ou aménagement, il entrainerait la mort de tous les éleveurs indépendants qui tentent de pouvoir travailler et vivre de leur travail toute l’année, ou au mieux les transformerait en « intermittent » de l’agriculture
– renforcement des mesures de biosécurité : sas sanitaires sur chaque bâtiment, mises en place de volières sur certaines zones, ….., et je vous passe la longue liste des documents supplémentaire qui sera demandée aux éleveurs. En plus de ne plus pouvoir travailler toute l’année, des investissements importants seront nécessaires, et la charge de travail administratif sera augmentée.
Pour moi, cet arrêté est sidérant :
La filière volaille est une des seules filière agricole française à résister au marasme des marchés,et cela est d’autant plus marquant pour les éleveurs ayant une production de qualité, transformant et commercialisant eux mêmes leur volailles. Je pense que le but réel de cet arrêté est de fournir des garanties aux pays importateurs de foie gras concernant la grippe aviaire, quitte à laisser sur le carreaux quelques centaines d’éleveurs indépendants qui bien sûr n’ont été ni représentés lors des négociations au ministère de l’agriculture en janvier ( par contre, tous les industriels y été conviés), ni consultés localement afin d’envisager des pistes d’amélioration ensemble.
Nous avons, avec quelques collègues de la confédération paysanne, mené une action pacifiste de soutien des éleveurs, et avons été reçus par le directeur de la ddt yonne qui s’est engagé à nous fournir des explications sur cet arrêté et le cas échéant une négociation pour sa mise en application. Je ne manquerai pas de vous tenir au courant…..

Et enfin, pour finir sur une note d’optimisme, je tiens à vous remercier pour votre engagement à nos côtés. Vous avez certainement pris connaissance des problèmes rencontrés dans toutes les filières agricoles, et nous avons la chance, grâce au partenariat mis en place depuis plusieurs années, de pouvoir encore vivre de notre travail. Nous ne dépendons plus du cours du blé à chicago, ni même des aides pac, et encore moins du prix du poulet congelé à Rungis…..c’est pour nous une chance de pouvoir travailler dans de telles conditions, et ce fait est tellement exceptionnel actuellement qu’il est bon de le souligner. Charge à nous de trouver les solutions pour continuer à élever nos volailles le plus naturellement possible, charge à vous d’être patient lorsque sur la ferme ou dans les champs la nature est capricieuse.

Merci à tous ceux qui sont arrivés au bout du mail. J’ai tenté de faire le plus bref possible, mais j’avais tout de même pas mal de chose à vous raconter…….